Étude de passage — souvenirs et mémoire du passé
Passage d'entraînement (original)
Les souvenirs, la mémoire du passé : voilà le fil de ce récit. Chaque dimanche, je rouvre le tiroir où dorment les photographies de ma grand-mère. Ce n'est pas seulement un album : c'est une mémoire que je caresse du doigt, un passé que je refuse de laisser s'effacer. Les souvenirs montent sans ordre, comme des vagues. Voici le jardin de Kairouan, le rire un peu rauque, l'odeur du café brûlé sur le réchaud. Voici aussi le silence des derniers mois, quand la maladie avait volé ses mots.
Je me souviens surtout d'une après-midi d'été. Elle m'avait pris la main et m'avait dit : « Garde bien ce souvenir, mon fils ; le passé est le seul bien qu'on ne peut pas te confisquer. » J'avais quatorze ans. Je n'avais pas compris. Aujourd'hui, chaque objet de la maison — le châle plié, la montre arrêtée, la tasse ébréchée — réveille la même mémoire. Le passé ne revient pas en bloc : il revient en éclats, en parfums, en phrases inachevées.
Parfois je me demande si ces souvenirs me consolent ou s'ils m'enferment. La nostalgie a le goût du miel et du sel. Elle me rend la grand-mère vivante le temps d'une image, puis me la reprend. Et pourtant je rouvre le tiroir. Encore. Encore. Comme si répéter le geste pouvait retenir le temps. La mémoire, chez moi, n'est pas un musée ordonné : c'est une chambre où le passé respire encore.
Questions
- En vous référant au premier paragraphe, dites pour quelle raison le narrateur rouvre le tiroir des photographies. Justifiez votre réponse par une citation précise.
- Quels éléments du passé de la grand-mère reviennent dans la mémoire du narrateur ? Citez-en deux.
- Le narrateur exprime un rapport ambivalent à ses souvenirs. Relevez et expliquez un procédé d'écriture qui rend compte de cette ambivalence ou de l'intensité du souvenir.
Voir la correction commentéeAprès avoir posé votre démarche
1. Le narrateur rouvre le tiroir pour renouer avec la mémoire de sa grand-mère et empêcher le passé de s'effacer. En effet, le tiroir n'est pas un simple album : c'est « une mémoire que je caresse du doigt, un passé que je refuse de laisser s'effacer ». Justification par cet indice textuel : le vocabulaire de la mémoire et du passé montre un besoin de conservation, non une simple curiosité.
2. Deux éléments du passé reviennent : le jardin de Kairouan (avec le rire et l'odeur du café) ; l'après-midi d'été où la grand-mère confie l'importance du souvenir ; les objets de la maison (châle, montre, tasse). Accepter deux éléments distincts clairement rattachés au récit.
3. Procédé d'écriture — la répétition de « Encore. Encore. » (ou l'antithèse « goût du miel et du sel » / « me rend… puis me la reprend »). La répétition du geste de rouvrir le tiroir met en relief l'obsession mémorielle. Ce procédé exprime l'emprise du souvenir : le narrateur ne choisit plus vraiment, il répète pour retenir le temps. Variante acceptable : le champ lexical du souvenir et de la mémoire (« souvenir », « mémoire », « passé ») qui mettent l'accent sur l'omniprésence du passé.